Programme scientifique

L’économie internationale du développement, c'est-à-dire l’étude des pays en développement, est déjà animée par quelques réseaux européens significatifs qui fonctionnent, soit à partir de logiques de cooptation d’individus par les pairs, soit par libre affiliation des laboratoires. Bien que l’action de ces réseaux soit reconnue, elle ne couvre qu’en partie la demande sociale comme en témoigne l’intérêt porté par les équipes à une initiative de type GDRI. La structure entend contribuer à répondre à cette attente en proposant une animation sur tous les questionnements afférents aux économies en développement, qu’ils soient dans le domaine microéconomique ou macroéconomique, portant sur des pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire, quel que soit le domaine géographique d’application. Le GDRI n’apporte aucune restriction thématique dès lors que les réflexions relèvent du champ de l’économie du développement et de la transition.

Dans le domaine microéconomique

Le GDRI entend traiter des questions relevant notamment de la production dans l’agriculture et dans les entreprises localisées dans des contextes institutionnels souvent difficiles, marqués par les problèmes infrastructurels, des faiblesses institutionnelles et des défaillances organisationnelles. Dans l’agriculture, les questions afférentes aux incitations à la production par les prix sont importantes et néanmoins insuffisantes en elles-mêmes. Les facilités d’écoulement des productions vers le marché local et plus encore vers le marché mondial dépendent à la fois de la qualité infrastructurelle, de la présence ou non de coûts de transaction résultant notamment de la prégnance des phénomènes de corruption et du manque d’efficacité de l’Etat. Dans ce domaine agricole, le GDRI entend également traiter du rôle des formes contractuelles entre les exploitants et propriétaires, ce qui implique de questionner le rôle des incitations jouant en particulier par le canal des droits de propriété sur le foncier, de la place des coopératives de producteurs dans la promotion du secteur et de la réduction des inefficacités de marché. Ces inefficacités inhibent la dynamique de la production, notamment par la mise en place d’assurances collectives contre des risques exogènes, par exemple ceux inhérents aux aléas climatiques.

L’analyse de la production concerne également le monde de l’entreprise dans les pays en développement. Les systèmes productifs sont souvent encore étroits et le secteur informel occupe une place encore déterminante. Quels sont les facteurs agissant sur la mobilité d’un secteur institutionnel vers l’autre, le rôle des variables institutionnelles dans cette mobilité, en particulier pour l’accès aux sources de financement qui sont généralement ciblées comme étant l’obstacle le plus sérieux à l’élévation de la taille des organisations productives ? Quels sont également les implications de la présence des entreprises étrangères, notamment par le canal de l’investissement direct étranger, et les phénomènes de diffusion qu’elles impliquent dans le choix des bonnes pratiques de gestion, dans l’adoption des technologies efficaces que peut offrir le marché ? Quelle est la contribution de l’exportation des firmes et des mouvements de libéralisation tarifaires, des réductions des obstacles non tarifaires sur la performance productive ?

L’analyse de la dépense des ménages tient également une place importante dans les problématiques de recherche du GDRI. Les sujets affiliés sont nombreux. Ils touchent aussi bien à l’origine de chocs, qui affectent le revenu, qu’à l’impact des fluctuations ou changements permanents de ces revenus sur la composition de la dépense. Les questions relevant de la nutrition et plus largement de la santé des membres des ménages sont posées, mais également les questions relatives à la scolarisation des enfants. Le niveau et la variation des revenus agissent potentiellement sur l’état de santé, sur les apprentissages et connaissances acquises dans le système éducatif. Par-delà ces effets de revenu, quelles sont, par ailleurs, les implications d’événements inattendus comme une grossesse précoce des jeunes filles pour la formation éducative et leur bien être futur ?

La dépense d’éducation revêt un caractère d’investissement avec une rentabilité qui, au niveau des familles, s’avère plus incertaine du fait du sous-emploi et aussi de la progression de la famille vers une structure de type nucléaire. A cet égard, les implications des migrations sont évidentes. Financièrement, la famille élargie facilite l’expression de la mobilité avec des attentes en termes de revenus de transferts ultérieurs. On sait que ces revenus jouent potentiellement un rôle permanent dans certaines dépenses auxquelles s’ajoutent des effets plus transitoires lorsque des chocs imprévus affectent le niveau de vie des familles dans le pays d’origine. La littérature sur les mouvements migratoires, sur la compréhension de leurs déterminants et de leurs conséquences à la fois microéconomiques et macroéconomiques sur les pays en développement s’est considérablement développée dans les vingt dernières années. L'objectif du GDRI est de poursuivre et de renouveler les perspectives théoriques et appliquées sur l'analyse des déterminants et des effets de ces migrations internationales, d’approfondir également l’analyse de leurs interactions avec d’autres aspects du processus de mondialisation, notamment le commerce international et les investissements directs étrangers.

La mesure et l’analyse de la pauvreté tout comme l’impact des inégalités dans leurs évolutions constitueront également des thématiques d’intérêt. Il s’agit là de questionnements de toute première importance pour l’économie du développement avec des subjectivités d’appréhension du phénomène aussi bien dans la définition que dans les méthodologies de la mesure. Les objectifs du millénaire ont mis en avant la nécessité de s’attaquer de front à ce qui conditionne la sortie de l’état de pauvreté. Ces indicateurs renvoient assez largement aux notions de « capabilités » de Sen qui déterminent les modes de « fonctionnement » ultérieurs de la personne. Tout le travail de l’agenda post 2015, invite à reprendre ces questionnements et à les traiter sur le terrain académique en relation avec de nouveaux indicateurs ayant les propriétés d’être mesurables, facilement suivi par les administrations nationales et véhiculant de l’information sur le bien être futur des populations.

Dans le domaine macroéconomique

Le GDRI entend contribuer aux grands thèmes qui font l’actualité dans un contexte d’intégration à l’économie mondiale. Dans les dernières années, les questions relatives à la fiscalité ont pris de l’importance avec divers phénomènes de transition : d’un prélèvement de porte vers un prélèvement intérieur, d’une fiscalité qui pesait sur les grandes entreprises et qui est aujourd’hui davantage orientée sur les ménages, d’une stratégie de mobilisation du potentiel fiscal qui était traditionnellement liée au seul secteur moderne et qui se rééquilibre progressivement par une meilleure prise en compte des activités informelles. Dans un contexte assez spécifique aux pays en développement, les politiques d’élargissement de l’assiette se substituent progressivement aux politiques de relèvement des taux.

Les politiques monétaires et de change sont également dans le registre des questions du GDRI. Dans le cadre d’une économie ouverte et d’un objectif de maintien de l’inflation à un faible niveau, le caractère expansif de la politique monétaire a perdu de sa pertinence passée. L’action par le change a par ailleurs une portée limitée dans des pays qui ont adopté une monnaie étrangère comme instrument d’échange interne, c’est par exemple le cas des pays dollarisés ou de ceux qui sont engagés dans un processus de développement impliquant une intégration monétaire avec une monnaie commune. Les dynamiques d’intégration sous forme d’unions économiques et monétaires créent des restrictions fortes voire indépassables pour des politiques nationales d’ajustement du taux de change.

Dans de telles structures, la présence d’une monnaie commune diminue les coûts de transactions et facilite les échanges intracommunautaires. On peut toutefois s’interroger sur le caractère durable de ces gains, soit en présence d’une monnaie surévaluée, soit sous l’impact de pays conduisant des politiques actives de change au-delà de ce qu’exigerait un taux de change d’équilibre. Dans une tradition analytique récemment rouverte par Dani Rodrik à Harvard et dans la ligne des politiques conduites par un assez grand nombre de pays d’Asie du sud-est, la sous-évaluation chronique de la monnaie nationale serait une stratégie de gain de parts de marché et de facilitation de la diversification des systèmes productifs.

Dans le domaine du développement durable

La croissance démographique, la pression sur les terres, la faible productivité agricole voire la politique de change peuvent être à l’origine de la déforestation intensive qu’ont connue certains pays à faible revenu, mais également des pays émergents comme le Brésil. La recherche dans le développement durable couvrira, entre autres, des sujets liés à la terre et aux inégalités dans l'explication de la déforestation, mais aussi les aspects économiques, sociaux et environnementaux des biocarburants, les impacts économiques du changement climatique sur la production agricole et la migration, la dimension environnementale des arrangements institutionnels connexes à l'exploitation primaire des produits de base, en particulier en Afrique, et la mise en œuvre de la politique de protection de la biodiversité par la création d'aires protégées.

Principaux affichages thématiques

Microéconomie

Economie des contrats
Intégration des marchés
Risque et instabilité agricoles
Efficacité des entreprises
Choix technologiques et organisations productives
Economie géographique
Secteur formel et informel
Micro-finance
Dépense des ménages
Capital humain
Mobilité sociale
Pauvreté et inégalité
Migration
Développement durable, environnement et économie de la santé
Changement climatique
Déforestation
Pollution
Substitution énergétique
Santé et système de financement
Santé et efficience productive
Analyse d’impact

Macroéconomie

Analyse de la croissance et de ses déterminants
La diversification productive
Corruption et croissance
Les mouvements de capitaux
Aide internationale
Rôle de l’Etat
Gouvernance privée et publique
La décentralisation
Secteur bancaire
Fiscalité et finances publiques
Politique de change
Ouverture extérieure
Commerce international
Intégration régionale
Economie géographique
Institutions